Devenir Chaman

Devenir Chaman ?

Qui peut devenir chaman ?

eric chaman vieuxBien sûr tout le monde peut faire du chamanisme, comme tout le monde peut faire de la cuisine, ou courir le 100 mètres.  Il suffit d’apprendre et de pratiquer, de s’entraîner. Mais, en chamanisme comme ailleurs,  force et de constater que certains ont des prédispositions, des dons, … d’autres moins !

Tout le monde peut devenir sprinter, mais très peu descendent en dessous des 10 secondes aux100 mètres
Tout le monde peut faire de la cuisine, mais ils sont rares les grands chefs 3 étoiles.

De même, tout le monde peut développer son chaman intérieur, apprendre à se relier, à sentir, découvrir le monde, sa relation et ses interactions au monde, sous un mode chamanique. Ainsi tout le monde peut avoir dans une certaines mesure ses propres pratiques chamaniques et en jouir, et c’est déjà très bien ainsi.

Cependant il faut être attentif et ne pas tout confondre. Si se balader en montagne est à la portée de tous, faire certains sommets s’adresse à des spécialistes entraînés. Et accompagner en tant que guide professionnel une expédition pour faire un sommet dans l’Himalaya est une tout autre paire de manche.

Ces invitations à la prudence, au discernement et à la reconnaissance et à l’acceptation de ces propres limites sont d’autant plus importantes que l’on engage quelqu’un d’autre que nous dans l’histoire !

Comment devenir chaman

Si l’on s’ intéresse au chamanisme, qu’on le pratique et qu’on veut aller plus loin, alors il y a deux formes d’enseignement complémentaire :

– d’abord l’enseignement horizontal ; avec un autre chaman (ou des chamans), un maître, une tradition. C’est une initiation très longue, qui demande patience et engagement et qui va durer des années et des années (10 ans ? 15 ans ? … à mettre en parallèle avec le nombre d’année d’étude d’un chirurgien par exemple)

– traditionnellement on dit aussi que le chaman est choisi par les esprits, puis guidé et enseigné par les esprits. C’est vrai ! les esprits, l’intuition, chaque événements de la vie, … enseignent autant que le maître ou la tradition. A condition de savoir écouter et voir. A condition de savoir apprendre de ces erreurs, de les reconnaître humblement, de se relever toujours. Et surtout à condition de savoir déjouer le piège qui consiste à se croire investit d’une mission et à se croire tout puissant, au risque de laisser l’égo-spirituel s’emparer de nos prétendus dons et justifier ainsi l’injustifiable.

Un chemin, une voie, une vie.

Mais devenir chaman, c’est avant tout, un chemin de vie, une voie (de renoncement), un sacerdoce pourrait on dire (si l’image n’était trop emprunte de religiosité) . Quelque chose que l’on ne choisi pas et qui ne nous quitte plus. C’est un engagement total, et surtout pas une profession (ou encore moins un loisir-passion). Ce n’est pas un hasard si dans les sociétés traditionnelles personne ne voulait être chaman ! C’était juste une obligation quand ça nous tombait dessus et que la société avait besoin de nos compétences. Ce qui interroge quand on voit les projections faites aujourd’hui en occident ou l’attrait pour devenir chaman à plus à voir avec un rêve d’adolescent attardé qui veut avoir les pouvoirs de Gandalf (le mage du Seigneur des anneaux).

Il n’y a aucune formation possible qui existe pour devenir chaman !

Devenir Chaman, ne s’apprend évidement pas dans les livres.
Bien sûr, en cherchant bien, on peut quand même trouver ça et là quelques bonnes formations en chamanisme proposées par des chamans sérieux ou des associations compétentes, mais cela n’est évidement pas suffisant ! Nécessaire sûrement, mais pas suffisant!.

Devenir chaman est le résultat d’un long processus d’initiations et de transformations successives (alchimiques pourrait on dire).

Devenir chaman c’est apprendre continuellement à « devenir »  et n’être jamais rien.


 

C’est justement dans ce cadre qu’une douzaine de Chamans se sont groupés en réseau pour proposer un « Compagnonnage Chamanique »
Un chemin initiatique
d’apprentissage
sur trois années
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 Derrière le vernis culturel :
qu’est ce qu’un Chaman

L’attrait pour cette autre vision du monde, devenait comme un jeu entre Chri Ramalec et le jeune Cramh. Un autre jour, ce dernier demanda :

– Mais Shri Chri, à quoi ressemblent vraiment les Chamans ? Comment les reconnaît-on ? Il y en a ici aussi de véritables ?

– En guise de réponse Ramalec s’en tint à une nouvelle citation, se jouant de la ressemblance possible de certains Chamans avec certains Sādhu, voir avec certaines représentations de Shiva:

Le Chevelu (porte) le feu, le Chevelu (porte) le philtre,
le Chevelu porte le Ciel et la Terre.
Le Chevelu est le soleil (qui permet) de voir l’univers,
le Chevelu s’appelle lumière, celle que voici.
Ceinturés de vent, les ascètes
sont vêtus de brunes souillures.
Ils suivent la fougue du vent,
dès que les dieux sont entrés en eux.
« Affolés par la condition d’ascètes,
nous avons pris (disent-ils) les vents pour monture.
Vous autres mortels, vous apercevez
nos seules enveloppes corporelles… »
1

– Dit autrement, j’ajouterais ; qu’ils ont des plumes dans les cheveux qui soulignent leur aura. Des peintures corporelles qui rappellent les animaux. Ils ont des colliers de crânes (d’animaux, ou pas) autour du cou (comme Rudra ou Kali ?) car ils n’ont pas peur de la mort. Ils ont leurs corps et leurs visages couverts de tatouages ou de scarifications. Ils ont toujours leur tambour avec eux, parfois. Ils parlent aux oiseaux, mais le plus souvent ils les écoutent. Ils prétendent pouvoir arrêter la pluie, mais le plus souvent, dans leur grande sagesse, préfèrent laisser pleuvoir. Certains sont sages, d’autre de vils arrivistes, tricheurs et menteurs. Ils ont des costumes bariolés avec des protections et des oripeaux dans le dos. Ils sont couleur camouflage et sont discrets. Ils sont petits, ils sont grands. Ils chantent, sont silencieux, danseurs, immobiles. Ils vivent dans la forêt, en ville, dans le désert, au bord de la mer. Ils peuvent avoir un aspect effrayant, et pas que pour les enfants, dont parfois, ils ont gardé le même sourire. Ils ont aussi, souvent, une veste imperméable sur le dos quand il pleut car ils sont pragmatiques. Ils sont comme des mendiants demi-fous, ils sont glorieux…

Shiva, dans le monde des hommes, apparaît comme un mendiant demi-fou, mais quand les dieux visitent le Kailâsa il se montre sous son aspect glorieux.

« La Lune prend la place de la couronne, son troisième œil devient l’ornement de son front, les serpents des anneaux enrichis de joyaux de ses oreilles. Les serpents qui entourent les autres parties de son corps deviennent des ornements incrustés de joyaux. La cendre dont son corps est enduit devient un précieux onguent. La peau de l’éléphant semble une délicate étoffe de soie. Sa beauté est indescriptible. Il semble posséder toutes les richesses. ‘Shiva Purâna, Rudra Samhitâ, chap. 39, 38-42.)2

De tous temps, de tous lieux, ils sont simplement des hommes et des femmes, dans leur culture, et aussi un peu en marge de cette culture. Alors bien sûr, suivant la tradition, l’ethnie, le décorum … l’aspect extérieur change, mais, ne t’y trompe pas, cela est sans importance. Les lois de l’univers sont globales, la gravitation est universelle, elle attire ici comme là, et les lois ontologiques, sont partout les mêmes.

Je me souviens de Archie Fire Lame Deer3 qui racontait que la première fois qu’il est venu en Europe, les Hollandais qui l’accueillirent à l’aéroport lui avait demandé : « vous n’avez pas de plumes ?», et, malicieux, il leur avait répondu « vous n’avez pas de sabots ? »

On pourrait les définir par leurs fonctions, mais ce sont des fonctions qui ont étés reprises depuis longtemps par d’autres, comme éclatées, alors que les Chamans ont une vision holistique de toute chose. Rien que chez les Lakotas il y a au moins 7 noms différents, sept fonctions différentes :

La langue des blancs reste bien pauvre et bien sèche avec son homme-médecine, qui en fait désigne des guides spirituels de natures très différentes, C’est pourquoi je voudrais introduire un certain nombre de distinctions.
Il y a d’abord le
Wichasha wakan, le Chaman complet …/… Puis il y a le pejuta wichasha, qui utilise le pouvoir des herbes pour soigner les malades. Il y a aussi le wuwipi, « celui qui découvre », « celui qui est ligoté » : il travaille en se servant de Inyan, le Roc. Nous avons également le waayatan, le prophète, qui peut voir l’avenir et prédire ce qui va arriver. Le heyoka aussi a des pouvoirs : ce clown sacré, ou Rêveur-de-tonnerre rit à travers ses larmes et fait tout à l’envers.
C’est la crainte aussi bien que l’admiration qui entourent le
wapiya, illusionniste et magicien.4

On pourrait y ajouter alors les fonctions de guérisseur, rebouteux, médecin, prêtre, hiérophante, passeur d’âme, énergéticien, initiateur, thérapeute, psychopathe ou psychologue au choix, gardien du sacré, chef du rituel, enseignant, maître des rêves, gardien du feu, poète côtoyant les muses, perturbateur, grand marabout ou tricheur céleste… et plus encore, surtout, plus encore ! Mais tout cela serait bien prétentieux et incomplet.

Surtout je voudrais attirer ton attention sur autre chose que la fonction, mon jeune ami, car ce serait en rester à la vision qu’a la société du Chaman. Je ne crois pas que la société puisse savoir ce qu’est le Chaman, pas plus qu’elle ne peut vraiment savoir ce qu’est le Yogi, ou le Mystique.

Ce qui compte je crois, c’est qu’au-delà de la fonction sociale que remplit (ou pas) le Chaman, ce sont des personnes qui ont senti l’appel et qui y ont répondu (ou qui n’ont pas eu le choix).

Cela n’est pas sans me rappeler ceux qui ont écrit les « Traités forestiers »5. Lasses des grands rituels des brahmanes et de la vie dans la société, ils se sont retirés dans la forêt pour explorer autre chose, de plus profond, plus intime, et donc plus universel.

Si les autorités supérieures t’appellent à une fonction, disait ce passage des règlements, sache que toute ascension dans l’échelle des fonctions, loin d’être un pas vers la liberté, crée une obligation nouvelle. Plus le pouvoir de la charge est grand, plus le service y est rigoureux. Plus une personnalité est forte, plus son arbitraire est répréhensible.6

Ce qui caractérise peut-être le Chaman au-delà de toute différence, c’est l’entre-deux. La liminalité, entre jour et nuit, entre vie et mort, entre le visible et l’invisible, entre les humains et le divin, entre la nature et la société. Peut-être est-ce cela sa spécificité ; cette nécessité qu’il a de continuer à chercher toujours à élargir sa conscience au-delà de cet aspect de dualité, jusqu’à toucher à l’essence du sacré. Mais je connais certains Yogis, certains artistes qui jouent aussi à ce petit jeu-là !

Ils (les êtres vivants) sentent plus ou moins confusément la présence « d’autre chose », de forces plus subtiles avec lesquelles ils cherchent éventuellement à communiquer. Ce sont ces forces, qu’ils respectent et vénèrent, qu’ils appellent des esprits ou des dieux. L’homme qui trouve sa place dans la nature prend conscience des esprits, des aspects du divin, qui résident dans les montagnes, les sources, les rivières, les forêts. « Pour tout peuple qui vit en harmonie, en consensus avec les forces qui l’entourent… beaucoup d’animaux sont sacrés ou plutôt tout est sacré : le ciel, la terre, l’eau, le feu, l’air…. Toute la vie de l’homme « primitif » est une succession d’opérations magiques visant à créer un « lien affectif » entre lui et le monde qui l’entoure, à « lier », à « ensorceler », « conjurer » les forces de la nature » (Paolo Santacangeli, le livre des labyrinthes, p,108) 7

– Je ne sais pas si j’ai été clair, et si j’ai répondu à ta question de départ mon jeune ami ?

– Si je crois que j’ai compris, répondit dans un élan et un sourire le jeune Cramh  : les Chamans se sont juste des vieux fous comme vous, Shri Chri !

Il y avait décidément quelque chose entre ces deux-là, qui était en train de naître. C’était au premier abord comme une complicité. A bien y regarder, c’était quelque chose d’autre, de plus profond. Quelque chose que depuis fort longtemps on apparente à une relation étrange empruntée de respect mutuel, et d’une certaine forme d’Amour, puissant, où chacun sait rester à sa place. Quelque chose comme l’Amour qui passe entre un véritable Chaman et son apprenti, ou entre un Chela et son Guru8.

1Rg-Veda. X.136 – Le personnage exalté en cet hymne est l’Ascète chevelu, dont le poète décrit les états, les visions extatiques. Il s’agit sans doute moins du shaman primitif que d’un Yogi analogue à celui des temps classiques, avec l’ambiance Shivaïte. « Hymnes Spéculatifs du Véda » traduits du sanskrit et annotés par Louis Renou (p 143) – Connaissance de l’Orient – Gallimard / Unesco.

2Rapporté dans : Shiva et Dionysos. Alain Daniélou. Fayard. P 169

3Homme-Médecine Sioux Lakota

4Le cercle sacré. Mémoires d’un homme-médecine sioux. Archie Fire Lame Deer. P237.
Ailleurs Archie mentionne aussi le Winkte ; le Travesti – « Inipi le chant de la Terre – Enseignement oral des indiens Lakota » Mis en forme par Annie Pazzogna. P 135

5Aranyaka

6Le Jeu des perles de verre – Hermann Hesse.

7Rapporté dans – Shiva et Dionysos. Alain Daniélou. Fayard. p33-34

8Termes Sanskrit pour représenté : le disciple et son guide spirituel.


Ce Chapitre est extrait du livre:
CHAMANISME, chemin d’extase.
YOGA, chemin d’enstase

Informations sur l’auteur :
Eric Marchal

* Chamanisme : les-forges-de-sylva.info
* Yoga : www.yoga-lyon.info
* Tantra :  www.savitur-tantra.fr
* www.eric-marchal.com

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Informations sur la maison d’édition :
* www.sirr-athanor.com

Editions Sirr-Athanor
Collection « Collection Ichor : Spiritualités »
Auteur: Eric Marchal
Parution : mai 2016
Pages : 326 pages
Format : 16.5 x 23 cm
ISBN : 978-2-9557176-0-8

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